Gabon : Près de 1 700 enfants séropositifs ou vivant avec le VIH perdus de vue dans le pays
Le constat dressé par les autorités sanitaires est aussi glaçant qu’alarmant. Au Gabon, le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) pédiatrique demeure un problème majeur de santé publique, caractérisé par un déficit criant de suivi. Sur les 2 400 enfants estimés porteurs du virus sur le territoire national, seuls 700 sont actuellement identifiés et pris en charge par le système de santé. Ce sont ainsi près de 1 700 enfants séropositifs qui se retrouvent aujourd’hui dans la nature, échappant à tout contrôle médical et à tout traitement salvateur.
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Cette déperdition vertigineuse constitue une véritable bombe à retardement sanitaire. L’urgence est d’autant plus absolue que le sida pédiatrique s’avère particulièrement foudroyant. En raison de l’immaturité du système immunitaire des nourrissons, le virus se multiplie à une vitesse fulgurante. Sans l’administration d’un traitement antirétroviral immédiat, les statistiques sont implacables : environ un tiers des bébés infectés décèdent avant l’âge d’un an, et plus de la moitié ne survivent pas au-delà de leur deuxième anniversaire.
Les agents communautaires, ultime recours pour traquer la maladie
Conscients de ce fossé mortifère entre les structures médicales et les populations, le ministère de la Santé et l’Unicef tentent de changer de paradigme. Du 1er au 6 juin dernier, une session de renforcement des capacités s’est tenue au siège du Programme national de lutte contre les infections sexuellement transmissibles et le VIH/Sida (PNLIST) à Libreville. L’objectif : former les agents de santé communautaire sur la prévention de la transmission de la mère à l’enfant (PTME), le dépistage et l’accompagnement psychosocial.
Synthèse chiffrée
| Catégorie | Nombre estimé | Pourcentage |
|---|---|---|
| Enfants attendus vivant avec le VIH | 2 400 | 100 % |
| Enfants identifiés et suivis | 700 | 29,2 % |
| Enfants encore non retrouvés | 1 700 | 70,8 % |
Ces acteurs de proximité sont désormais perçus comme le chaînon manquant pour retrouver la trace de ces jeunes patients fantômes. « Nous avons fait plusieurs formations des prestataires de santé dans les structures sanitaires. Mais il y a un pan qui est souvent négligé, celui du lien entre la communauté et les structures », explique Doriane Gnigone, formatrice lors de cette session. Une vision partagée par la directrice du PNLIST, le Dr Raïssa Okouyi, qui souligne que si le personnel médical maîtrise les protocoles, le suivi s’effondre souvent lorsque les patients regagnent leurs domiciles.
Le dépistage gratuit comme rempart contre la mortalité infantile
Pour les autorités, l’heure n’est plus à l’attentisme au sein des hôpitaux, mais à l’offensive dans les quartiers. Le rôle assigné à ces agents communautaires est clair : ils devront faire le relais, orienter les populations et aller chercher les malades là où ils se trouvent. « C’est cette personne qui va traquer les femmes enceintes dans les quartiers et les emmener dans les structures sanitaires », précise le Dr Okouyi, amèrement confrontée à la difficulté de retrouver les enfants manquants à l’appel.
Tableau statistique : VIH/sida au Gabon
| Indicateur | Donnée | Lecture / enjeu |
|---|---|---|
| Prévalence nationale du VIH chez les adultes | 3,6 % | Le Gabon reste dans une zone de prévalence élevée, malgré une baisse importante par rapport aux années précédentes. |
| Prévalence estimée en 2009 | 8 % | La baisse est notable sur le long terme, mais l’épidémie reste active. |
| Personnes vivant avec le VIH au Gabon | 52 000 | Estimation ONUSIDA à fin 2024 pour l’ensemble des personnes vivant avec le VIH dans le pays. |
| Adultes et enfants vivant avec le VIH | 52 000 [44 000 - 64 000] |
Fourchette officielle publiée par l’ONUSIDA pour le Gabon. |
| Adultes de 15 ans et plus vivant avec le VIH | 50 000 [42 000 - 62 000] |
Les adultes représentent l’essentiel des personnes vivant avec le VIH au Gabon. |
| Personnes séropositives connaissant leur statut | 77 % | Environ un quart des personnes vivant avec le VIH ne sauraient donc pas encore qu’elles sont infectées. |
| Enfants vivant avec le VIH attendus dans le système de santé | environ 2 400 | Donnée évoquée par les responsables sanitaires dans le cadre du renforcement des agents de santé communautaire. |
| Enfants actuellement identifiés et suivis | environ 700 | Seule une minorité des enfants attendus serait aujourd’hui effectivement repérée et prise en charge. |
| Enfants vivant avec le VIH encore « introuvables » | environ 1 700 | C’est le principal point d’alerte : ces enfants échappent encore au dépistage, au suivi ou au traitement. |
| Part des enfants identifiés parmi les enfants attendus | 29,2 % | Calcul : 700 sur 2 400. Moins d’un tiers des enfants attendus sont actuellement retrouvés. |
| Part des enfants non retrouvés | 70,8 % | Calcul : 1 700 sur 2 400. Près de 7 enfants sur 10 restent hors du radar sanitaire. |
| Session de renforcement des agents communautaires | 6 juin | Formation axée sur la prévention de la transmission mère-enfant, le dépistage, l’orientation et le suivi. |
| Objectif sanitaire prioritaire | Retrouver les enfants de moins de 15 ans exposés ou vivant avec le VIH | Les tests gratuits et la mobilisation communautaire doivent permettre de réduire le nombre d’enfants non pris en charge. |
Face à cette situation préoccupante, la direction du programme national lance un appel pressant pour le dépistage systématique des enfants de moins de 15 ans dont les parents vivent avec le VIH ou en sont décédés. Rappelant avec insistance que « les tests sont gratuits », les responsables sanitaires demeurent convaincus que seule une mobilisation massive des communautés permettra de réduire drastiquement la mortalité infantile et de tendre vers l’élimination définitive du VIH pédiatrique dans le pays.
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